Les enjeux du sommet sur l’IA à Paris
- IRIS
- 23 févr.
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Edito - Camille Boulenguer I IRIS
L’intelligence artificielle (IA) connaît une expansion sans précédent, bouleversant de nombreux secteurs économiques et stratégiques. La montée en puissance des technologies d’IA, illustrée par l’augmentation exponentielle des brevets déposés dans le domaine – plus de 160 000 en 2023, soit une multiplication par 30 en moins d’une décennie (IA Index Report) – témoigne de son rôle croissant dans l’économie mondiale et les rapports de puissance entre États.

Cependant, cette révolution technologique s’accompagne de risques majeurs qui nécessitent une réflexion collective et une régulation adaptée. Le 28 mars 2023, plus de 1 000 chercheurs et industriels, dont Yoshua Bengio, ont signé une lettre ouverte du Future of Life Institute, appelant à une pause dans le développement de l’IA afin de mieux appréhender les risques directement liés à la conception et au fonctionnement des systèmes d’IA. Cette initiative fait écho aux 23 principes d’Asilomar, établis en 2017 pour proposer un cadre éthique à l’intelligence artificielle, mais qui restent aujourd’hui de simples recommandations non contraignantes.
Au-delà des risques technologiques immédiats dénoncés par les signataires du moratoire, un autre enjeu émerge : celui d’une IA conçue avant tout dans une logique marchande, où la quête de rentabilité prime sur les considérations éthiques. Les modèles propriétaires développés par les grandes entreprises sont souvent opaques, concentrés entre quelques acteurs dominants et alimentés par des données dont l’exploitation interroge sur la protection de la vie privée et les droits fondamentaux.
Dès lors, la question dépasse le simple cadre technique : faut-il freiner le développement de l’IA ou en encadrer plus strictement l’usage ? Comment éviter qu’une intelligence artificielle conçue par quelques grandes entreprises ne façonne nos sociétés selon des logiques purement économiques ? Ces interrogations seront au cœur du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, qui cherche à poser les fondations d’une gouvernance mondiale équilibrée, conciliant innovation et responsabilité.
(*) Chercheuse à l’IRIS, Directrice de l’Observatoire géopolitique du numérique
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