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Trump contre la science...

  • ESPRIT
  • 8 févr.
  • 2 min de lecture

Noyées dans l’avalanche d’annonces qui se succèdent depuis la ré-investiture de Donald Trump comme président des États-Unis, les mesures qui concernent les départements et agences chargées de la santé et des services sociaux ou de la protection de l’environnement ont pu passer jusqu’ici relativement inaperçues.

À en croire le Président, les États-Unis devraient néanmoins se retirer de l’Organisation mondiale de la santé et de différents programmes internationaux de prévention des épidémies ou de lutte contre les maladies infectieuses. En attendant ces mesures, qui demandent l’approbation du Congrès, d’importantes restrictions ont également été imposées aux principales agences et organismes en lien avec la santé publique ou la recherche médicale, semant le trouble et l’inquiétude dans la communauté scientifique internationale.


Les communications et déplacements suspendus, le gel des embauches ou l’interruption de l’accès à certaines données de santé en attendant leur « mise en conformité avec les décrets du Président Trump », comme l’indique une bannière sur le site du Center for Diseases Control, sont d’abord à comprendre comme un volet de l’offensive globale menée par la nouvelle administration contre l’État fédéral et sa bureaucratie, jugés pléthoriques, inefficaces et trop coûteux, et auxquels Trump reproche surtout d’avoir entravé son action lors de son premier mandat. Mais cette mise sous tutelle de tous les représentants d’un supposé « État profond », appliquée ici à des fonctionnaires qui sont également médecins, chercheurs ou enseignants, participe également d’une remise en cause plus profonde de l’autorité et l’autonomie de la parole scientifique.


C’est une caractéristique des démocraties constitutionnelles, nous dit Hannah Arendt dans « Vérité et politique », que de protéger de l’emprise du pouvoir quelques institutions – le système judiciaire, l’université, la presse – où hommes et femmes se consacrent à la « recherche désintéressée de la vérité ». Non que celle-ci soit infaillible, mais parce qu’ils se donnent à eux-mêmes des normes d’impartialité, d’intégrité ou d’objectivité.


L’idée même de « consensus scientifique » est aujourd’hui contestée de toutes parts, et Trump ne fait qu’épouser l’humeur de l’époque. Mais en cherchant à étendre la logique du spoils system au-delà de toute limite, il ne contribue pas seulement à aggraver la colère et la défiance à l’égard d’un establishment intellectuel ou scientifique qu’il dit corrompu. Il fragilise durablement un certain exercice de la rationalité, lié à notre capacité à établir et partager certaines « vérités de faits », qui seules nous permettent de nous orienter dans le monde.


ESPRIT, La rédaction

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